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La France ne produit plus assez de poulets

Par Equipe15 mars 202624 vues
La France ne produit plus assez de poulets

Le chiffre a fait l'effet d'une douche froide lors du Salon de l'Agriculture, fin février : plus d'un poulet sur deux consommé en France est aujourd'hui importé.

Le chiffre a fait l'effet d'une douche froide lors du Salon de l'Agriculture, fin février : plus d'un poulet sur deux consommé en France est aujourd'hui importé. Et les rayons d'œufs qui se vident chaque soir dans les supermarchés ne sont pas qu'une anecdote logistique — ils sont le symptôme d'une crise profonde de souveraineté alimentaire.

Face à ce constat, cinq filières agricoles majeures — volaille, œufs, porc, foie gras et lapin — ont frappé un grand coup le 23 février 2026, en présentant ensemble un manifeste commun de 15 mesures à la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. Objectif affiché : « reconquérir et maintenir » la production française d'ici 2035.

Ce qui se joue là est bien plus qu'une bataille de chiffres. Pour les éleveurs passionnés, les amateurs de basse-cour et les acheteurs de volailles françaises, c'est une fenêtre d'opportunité historique.

📉 Le diagnostic : une souveraineté qui s'effrite

La volaille, viande préférée des Français… importée à moitié

La volaille est désormais la viande la plus consommée en France, avec 31,7 kg par habitant et par an en 2025, soit une progression de 15 % en cinq ans. Le poulet, à lui seul, tire cette croissance vers le haut.

Problème : la production française n'a pas suivi.

La croissance de la production nationale était de seulement +1,7 % l'an dernier, quand la demande, elle, progresse à un rythme bien plus soutenu. Le résultat : les importations ont bondi de +8,5 % en un an. Plus d'un poulet sur deux dans notre assiette vient désormais d'ailleurs — Pologne, Brésil, Ukraine, Thaïlande — avec des conditions de production souvent très inférieures aux standards français.

Les œufs : « à 18h, il y a une rupture dans les magasins »

La filière œufs est dans le même état. Selon Christiane Lambert, référente du groupe de travail souveraineté alimentaire : « à 18h, il y a une rupture d'œufs tous les jours dans les magasins. » Le taux d'autosuffisance de la France est passé de 102 % en 2021 à environ 95 % en 2025. Et la consommation continue de grimper : +5 % par an, quand la production stagne.

La filière chiffre le besoin à 300 millions d'œufs supplémentaires à produire chaque année. Une poule ne pondant qu'un œuf par jour, le calcul est implacable.

Un excédent commercial agricole au plus bas

Derrière les rayons vides, c'est la compétitivité agricole française qui vacille. L'excédent commercial agricole et agroalimentaire de la France a fondu à seulement 200 millions d'euros en 2025, un niveau « jamais vu depuis au moins 25 ans », selon la ministre Genevard, qui n'a pas hésité à qualifier la situation de « grave ».

📋 Le Manifeste : 15 mesures pour reconquérir le terrain

Présenté le 23 février 2026 au Salon de l'Agriculture, le manifeste commun des cinq filières est un document inédit. Pour la première fois, volaille, œufs, porc, foie gras et lapin parlent d'une seule voix et s'adressent ensemble au gouvernement. Le plan est intitulé, sans fioritures : « Reconquête et Maintien ».

Les chiffres du plan pour la volaille

  • 🏗️ 2 200 nouveaux poulaillers standards de 1 500 m² à construire d'ici 2035 (soit 220 par an)
  • 🌿 600 nouveaux poulaillers Label Rouge de 400 m² supplémentaires
  • 🥚 575 nouveaux poulaillers de poules pondeuses, soit 10 millions de places supplémentaires
  • 💶 2,8 milliards d'euros d'investissement pour la seule filière volaille de chair

À l'échelle de la France, cela représente deux à trois nouveaux élevages par département et par an.

Ce que les filières demandent (et ce qu'elles ne demandent pas)

Le message des interprofessions est clair et volontairement délesté de toute demande de subvention directe : « On ne demande pas d'argent, on demande à être allégés sur les règles et les normes », résume Jean-Michel Schaeffer, président d'ANVOL (interprofession volaille de chair).

Les mesures réclamées portent notamment sur :

  • Une simplification administrative pour les porteurs de projets d'élevage (les dossiers actuels décourageraient de nombreux candidats à l'installation)
  • Un régime d'autorisation environnementale spécifique à l'élevage, distinct des industries classées
  • L'exclusion des viandes blanches de la directive européenne sur les émissions industrielles (IED), jugée inadaptée aux exploitations à taille familiale
  • L'étiquetage obligatoire de l'origine sur tous les produits, y compris les plats transformés et la restauration hors foyer — une demande de transparence pour le consommateur

Pourquoi les projets sont-ils bloqués aujourd'hui ?

En 2025, seulement 43 poulaillers standards ont été construits en France, quand il en faudrait 220 par an. Et sur les 60 permis de construire déposés, un grand nombre restent bloqués — pour deux raisons principales :

  1. Les lourdeurs administratives : certains porteurs de projets attendent sept ans entre le dépôt d'un dossier et l'ouverture effective du bâtiment
  2. L'opposition sociétale : 79 % des Français soutiennent la construction de nouveaux élevages… mais 53 % se disent réticents à en voir un s'installer près de chez eux

Ce paradoxe, la filière le vit douloureusement. Et pendant ce temps, les importations comblent le vide.

🌱 Pourquoi c'est une bonne nouvelle pour les éleveurs passionnés

La petite production fait partie de la solution

Au milieu des milliards et des plans à dix ans, on oublierait presque que la souveraineté alimentaire ne se construit pas uniquement dans de grands bâtiments industriels. Les éleveurs artisanaux, les passionnés de basse-cour, les petits producteurs locaux — qu'ils aient 5 poules ou 200 — font partie intégrante de cette chaîne.

Ce sont eux qui fournissent les œufs frais que les circuits courts n'ont jamais cessé de distribuer, même quand les supermarchés se vidaient. Ce sont eux qui maintiennent la biodiversité des races, préservent des souches locales et transmettent un savoir-faire centenaire. Et ce sont eux que des dizaines de milliers de particuliers cherchent, chaque printemps, pour se lancer dans l'aventure du poulailler.

La saison idéale pour se lancer

Mars-avril, c'est le grand démarrage de la saison avicole. Les nichées de printemps arrivent, les œufs fécondés partent en incubation, les poussins démarrent leur vie. C'est la fenêtre idéale pour :

  • Acquérir des poussins ou des poulettes prêtes à pondre
  • Se procurer des œufs à couver pour débuter son propre élevage
  • Trouver un coq reproducteur de qualité
  • Compléter ou renouveler son cheptel

Et contrairement aux grandes surfaces ou aux animaleries, les éleveurs passionnés proposent des races souvent introuvables ailleurs — des volailles adaptées aux jardins familiaux, aux petits espaces, ou au contraire aux grands parcours plein air.

L'origine et la traçabilité : un avantage décisif

Le manifeste des filières insiste sur l'étiquetage de l'origine. Et pour cause : les consommateurs sont prêts à payer pour du Made in France — à condition de savoir ce qu'ils achètent. En achetant directement à un éleveur local, vous avez quelque chose que ni le supermarché ni la grande distribution ne peuvent offrir : la certitude absolue de l'origine, de la race et des conditions d'élevage.

🔗 Ce que ça change concrètement pour vous

Si vous êtes éleveur, c'est le moment de se faire connaître, de mettre ses animaux en vente, de faire partie du réseau local qui nourrit les Français. La demande est là — elle ne fait que croître. Le contexte réglementaire et politique est en train de se tourner en votre faveur.

Si vous êtes acheteur, particulier ou professionnel, le message du manifeste résonne d'une façon très pratique : privilégier l'achat local et direct, c'est voter pour la souveraineté alimentaire avec votre portefeuille. C'est aussi garantir la qualité, la fraîcheur et la transparence.

👉 Sur Cotcot'Minute, vous trouverez des éleveurs passionnés dans toute la France : des œufs fécondés, des poussins de races sélectionnées, des poules pondeuses, des coqs, et bien plus. Chaque annonce, c'est un éleveur réel avec une localisation, une race, et une façon de faire. Le circuit le plus court possible — et le plus souverain qui soit.

🔮 Et ensuite ?

Les conclusions du Salon de l'Agriculture ne sont qu'une étape intermédiaire. Le plan national de souveraineté alimentaire doit être publié à l'été 2026, après une phase de déclinaison régionale en cours. Les filières attendent des actes concrets du gouvernement, notamment sur la simplification administrative.

En attendant, la volonté est là. Les besoins sont chiffrés. Et chaque éleveur, chaque poulailler, chaque œuf pondu en France compte dans cet équilibre.

La reconquête avicole passe aussi par vous. 🐔

Sources : Réussir Volailles, ANVOL, Pleinchamp, La France Agricole, Europe 1, Agri Mutuel — données issues du Salon de l'Agriculture 2026 (23-24 février 2026)

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